Portraits #11 Inrfane


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Inrfane Ahmed Assane est à la fois professeur, metteur en scène et animateur à l’Alliance Française de Mutsamudu. S’il fréquente l’Alliance depuis des années, il ne l’a rejoint professionnellement que très récemment.

De quand date votre histoire avec l’Alliance ?

Depuis très longtemps je suis adhérent à la bibliothèque. Puis en 2007 j’ai intégré la troupe de théâtre N’Gomé en résidence à l’Alliance. Au fil des ans, j’ai de plus en plus participé aux activités, notamment comme animateur dans les événements culturels et finalement, en 2015, je suis devenu enseignant pour les « wanamuji »*. C’est le théâtre qui m’a mené vers l’enseignement. Depuis tout petit je suis passionné par le théâtre, je venais voir les spectacles de N’Gomé à l’Alliance. Je ne suis pas devenu manager de la troupe N’Gomé par hasard, c’est une vrai passion. Et au théâtre, la langue a une importance capitale. J’ai beaucoup lu en français aussi. Aujourd’hui je vois mon métier d’enseignant comme le prolongement de mon travail de comédien/metteur en scène.

Qu’est-ce qui vous plait dans l’enseignement ?

J’aime travailler avec les enfants. Je veux leur donner le maximum, les faire monter au sommet de cet escalier qu’est l’éducation. Je suis leur premier enseignant dans leur parcours à l’Alliance Française et si je peux leur donner les conditions optimales de réussite, alors j’ai fait mon travail. J’aime leur apprendre à bien se comporter. En classe on chante, on écrit des lettres, on organise des débats sur l’école, la cour de récré. Ils adorent « sur le pont d’Avignon », les chansons à gestes les motivent.

Etre en classe avec vous c’est donc déjà presque faire du théâtre…

Oui, on fait beaucoup de déplacements dans la classe. A l’inverse, quand je suis en séance de travail avec la troupe de théâtre « les jeunes acteurs de l’Alliance Française »**, j’intègre des exercices de français.. Certains sont par ailleurs en cours avec moi. Il faut expliquer clairement mais les enfants sont très rapides. On travaille l’articulation, la respiration, la concentration, l’émotion, la voix ou encore l’impro. Ils sont très doués pour l’articulation. J’ai vraiment envie que cette troupe se développe, qu’elle aille se produire à Mohéli ou en Grande Comore.

Lorsque vous n’êtes pas à l’Alliance, que faites-vous ?

Je suis très engagé dans le milieu associatif. Aux Jeunes du Patrimoine des Comores (JPC), où je suis membre de la commission consultative, à Ngoshao également, une association citoyenne qui intervient dans les écoles, à l’université etc. pour améliorer les conditions de travail et faire de la sensibilisation. J’interviens aussi comme metteur en scène et comédien dans différentes écoles.
Et là, je rentre d’une formation de 3 semaines en France, avec l’association Rempart qui œuvre pour le patrimoine. Nous avons un projet de restauration du palais Mawana d’Anjouan. Je vais porter en grande partie ce projet de chantier.
Vous savez, j’aime servir on pays. Pour cela, je veux aller au-delà du politique. J’aime vivre la réalité, la vérité, résoudre réellement les problèmes. C’est pour ça que j’ai choisi la voix associative.

L’Alliance Française est une association également. Vous avez l’impression d’y vivre le même engagement ?

L’Alliance a beaucoup de partenariats avec les associations culturelles à Anjouan, elle est là pour répondre à leurs besoins et les soutient depuis toujours. Mais je la classe un peu à part. Je suis vacataire et non bénévole ici, j’ai un autre regard, même si mon engagement est tout aussi fort. Je suis entouré de collègues formidables. Et je ne reste pas dans la classe, j’interviens à la bibliothèque quand Fatima a besoin de moi, pour des ateliers ou des animations les mercredis ou samedis. Les enfants aiment travailler avec moi. On peut même me voir au secrétariat parfois. Donc oui, je peux vraiment parler d’engagement.

Où vous voyez-vous dans 10 ans ?

Personne ne sait où il sera dans dix ans. Mais je serai toujours dans le milieu du théâtre et de la langue française. Je veux être une grande personne qui sert son pays. Bien sûr, je souhaite continuer à bénéficier de formations à l’étranger, mais je juge que mon pays a besoin de moi, donc je resterai ici.
J’ai envie pour conclure d’adresser un message aux parents : envoyez vos enfants apprendre, c’est important. Il faut saisir cette opportunité d’un apprentissage renforcé en français. Le français est la base de tous les enseignements scolaires, des mathématiques à l’histoire. Quand je me lève pour enseigner, je pense avant tout à la réussite de mes élèves, je veux qu’ils brillent à l’école. J’aimerais qu’ils réalisent leurs rêves, qu’ils deviennent les leaders du pays, pour le servir, quel que soit leur métier, médecin ou mécanicien. C’est eux qui permettront le développement des Comores.

* Les cours « wanamuji » (enfants) sont ouverts depuis 2015 aux 5-7ans pour une première immersion en français.
** « les jeunes acteurs de l’Alliance » est une toute jeune troupe de théâtre qui accueille des enfants dès 5 ans.

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