Portraits #10 Abdallah


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Saïd Abdallah est le surveillant général de l’Alliance. Son parcours est intimement lié à l’institution qu’il fréquente depuis sa plus tendre enfance. Portrait.

Bonjour, vous travaillez à l’Alliance depuis 15 ans qu’est-ce qui a changé au cours de ces années ?

Je travaille à l’Alliance depuis 15 ans effectivement, mais je la fréquente depuis beaucoup plus longtemps. Enfant déjà je venais ici pour voir des films ou emprunter des livres. Mon père était adhérent et m’emmenait au cinéma de l’Alliance le vendredi. Vers 12-15 ans, je venais avec des copains mais il y avait toujours « Le Gros », le responsable de la salle de l’époque, qui empêchait les jeunes de rentrer sans payer !
Aujourd’hui, l’offre culturelle de l’Alliance a beaucoup changé, il y a beaucoup plus d’activités. Depuis deux ans on a une programmation très riche et il y a tout le temps du monde, des spectacles avec des artistes différents. L’Alliance est une maison de culture, de développement des esprits, c’est très important pour moi et je souhaite vraiment qu’elle reste vivante, ma vie entière !

Vous êtes en charge de la gestion quotidienne des cours, là aussi il y a eu des évolutions ?

Oui, quand je suis arrivé à l’Alliance on pouvait déjà apprendre le français mais à l’époque il n’y avait que les cours de soutien scolaire. C’est en 2006 que l’on a commencé à proposer le DELF*. Alors que j’étais en charge du secrétariat et de la comptabilité, avec cette nouvelle offre de cours je suis devenu surveillant général. Aujourd’hui j’accueille les gens, je les renseigne sur l’offre de cours, je leur fais passer les tests de placement et je fais le suivi des classes : mise à jour des fichiers, enregistrement des paiements, gestion du matériel de cours et organisation des examens. Je suis ici chez moi et même quand je ne suis pas sur place, je continue à renseigner les gens. Tout le monde a mon numéro et les gens m’appellent souvent le soir ou le week-end pour les renseigner sur les cours, les adhésions. Je sais que l’Alliance est l’avenir de nos enfants et je suis heureux de contribuer à ça.

Votre travail vous oblige également à contrôler les paiements, encadrer les élèves… ce n’est pas un rôle difficile ?

Non, l’Alliance ne fonctionnerait pas si les gens ne payaient pas, c’est un élément important de mon travail. Je rappelle les adhérents et ils viennent, ça se passe bien. Et j’ai de très bons rapports avec les parents. Ils me félicitent pour le travail que je fais avec leurs enfants. J’ai un côté paternel avec les tout-petits, je conseille, je leur fait un peu la morale quand nécessaire, je les console quand ils pleurent…

Vous avez également des enfants, fréquentent-ils l’Alliance comme vous à leur âge ?

Oui, j’ai 3 enfants de 11, 10 et 5 ans qui sont tous adhérents à l’Alliance et suivent toutes les activités. Je les pousse à venir ici plutôt que de rester à la maison. J’agis avec eux comme avec les autres enfants : je les conseille, je les incite à venir, tout comme mes amis et le reste de ma famille. Pour avoir le bac et faire des études, le français c’est essentiel ! Maintenant que nous délivrons le Delf Prim, je vois de très jeunes enfants passer des examens et obtenir leur premier diplôme. C’est très motivant.

Vous avez une vision très positive de l’Alliance, pas de mauvais souvenir en 15 ans ?

Non, même les inondations sont des « bons » souvenirs. Une nuit, j’étais chez moi et je reçois un appel du gardien de nuit, Badraly, qui me dit que l’Alliance est inondée et que l’eau monte dangereusement. Je suis descendu et nous avons déménagé tous les ordinateurs à l’étage, surélevé avec des parpaings ce que nous pouvions… je suis heureux d’avoir pu sauver quelques ordinateurs ! Il y a vraiment un esprit d’équipe à l’Alliance et tout le monde s’entraide. J’aide le régisseur lorsqu’il y a des spectacles, Youssouf m’aide pour l’organisation des examens. Nous sommes une équipe soudée.

Que souhaitez-vous comme développement pour l’Alliance ces prochaines années ?

Je crois qu’un cybercafé serait utile, de plus en plus de gens ont besoin d’accéder à internet. Nous aurons des ordinateurs avec connexion internet accessibles à la bibliothèque à la fin du mois en plus des tablettes numériques, c’est une bonne chose.
Du côté des cours, j’aimerais qu’on arrive à ouvrir une autre antenne de l’Alliance dans le Nioumakélé, sur le modèle de celle de Moya. Nous avions fait passer des tests il y a quelques années et les gens étaient vraiment intéressés. Mais trouver un lieu et former des professeurs à nos méthodes prend du temps. J’espère que nous parviendrons à être présents là-bas un jour.
D’une manière générale, j’incite tout le monde à venir partager ce qui est là, s’inscrire, visiter l’Alliance. C’est une chance car il y a beaucoup de choses à apprendre ici.

*Diplôme d’Etudes en Langue Française. Ce diplôme atteste votre niveau de français d’après un cadre européen de référence. Délivré par le Ministère de l’Education Nationale français, il est valable à vie et reconnu dans le monde entier.